Hugo Dauriac ne s'attendait pas à tomber amoureux d'un fleuve. Quand son professeur d'histoire-géographie lui a parlé des ateliers du Comité de Langon en troisième, il y a vu surtout une sortie scolaire un peu originale, une occasion de manquer quelques heures de cours. Deux ans plus tard, il est l'un des participants les plus assidus du programme « Apprentis Gabariers » et consacre ses samedis libres à aider les bénévoles à préparer les sessions destinées aux nouvelles recrues.

« La première fois que je suis monté sur la gabarre, j'ai voulu aller vite, » raconte-t-il en souriant. « J'ai poussé fort sur la perche, j'ai tiré, et le bateau n'avançait pas — il dérivait en travers. Marcel m'a dit : regarde le courant, ne le bats pas, parle-lui. J'ai mis trois séances à comprendre ce qu'il voulait dire. » Cette leçon de lenteur et d'écoute, apprise sur l'eau, Hugo dit la retrouver ailleurs dans sa vie : dans la manière dont il aborde ses révisions, dont il gère les conflits avec ses amis. Le fleuve, selon lui, est un professeur qui enseigne par analogie.

Original de Villandraut, un village de quelques centaines d'habitants à l'est de Langon, Hugo n'avait qu'une vague conscience de l'importance historique du commerce fluvial avant de rejoindre le programme. « On sait que la région c'est le vin, les bastides, le Moyen Âge. Mais personne ne m'avait jamais expliqué que Langon était un port actif jusqu'aux années 1950, que des dizaines de familles vivaient de la batellerie, que les gabarres transportaient du bois, des tuiles, du blé vers Bordeaux. » La découverte des archives de l'association a été pour lui une révélation : des visages, des noms, des chiffres qui donnaient de la chair à une histoire abstraite.

« C'était comme un jeu de rôle, mais avec de vrais documents. On s'est disputés sur l'interprétation d'une phrase. Cette heure vaut dix fois n'importe quel cours magistral. » Hugo Dauriac, apprenti gabarier, dix-sept ans

L'un des moments les plus marquants de son parcours a été la reconstitution d'un voyage fictif à partir d'un journal de bord de 1847 que l'association possède dans ses collections. Les participants devaient calculer les étapes, identifier les escales, estimer la charge transportée et les profits réalisés. « C'était comme un jeu de rôle, mais avec de vrais documents, » dit Hugo. « On s'est disputés sur l'interprétation d'une phrase : est-ce que le gabarier voulait dire qu'il s'était arrêté à Cadillac parce que le vent était tombé, ou parce que la gabarre avait une avarie ? On a passé une heure là-dessus. » Cette heure, selon lui, vaut dix fois n'importe quel cours magistral.

Depuis le début de la saison, Hugo assiste les bénévoles lors des séances d'initiation pour les nouveaux participants. Il leur explique les nœuds de base, montre comment tenir la gaffe, répond aux questions avec une patience que Marcel lui reconnaît volontiers. « Il a la pédagogie naturelle, » dit le vieux marinier. « Il se souvient de ses propres erreurs débutant et il les anticipe chez les autres. C'est rare à dix-sept ans. » Pour notre association, voir émerger ce type de transmission horizontale — d'un jeune vers d'autres jeunes — est exactement le signe que le programme remplit son rôle.

Hugo envisage des études d'histoire ou de géographie, éventuellement orientées vers la conservation du patrimoine. Il n'a pas encore décidé, mais il sait qu'il veut continuer à travailler avec l'association après son baccalauréat. « Ce que je veux faire, c'est que dans dix ans il y ait encore des gens qui savent lire le courant de la Garonne. Pas forcément des mariniers professionnels. Des gens qui connaissent l'histoire de leur fleuve. C'est pas grand-chose, mais c'est quelque chose. » Nous ne saurions mieux résumer la raison d'être du Comité de Langon.


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